Diplômée des Beaux Arts de Dijon, j’ai commencé par développer un projet artistique autour de l’image photographique. Pendant plusieurs années ce médium m’a fascinée ; j’aimais transcender la technique et jouer avec ses limites.

Un jour, j’ai regretté cet « obstacle » qui se dressait entre le monde et moi, je rejetais l’objet mécanique, je voulais être en prise directe avec le monde que je représentais . Devenir l’outil. Je me suis alors mise au dessin et tout a pris un sens nouveau. Le pastel, le fusain, la mine, la plume, le pinceau me permettaient enfin de transmettre et de véhiculer mes émotions au plus juste. Le caractère instantané, fugitif du dessin me tendait les bras.

J’ai appris à représenter le réel tel qu’il m’apparaissait : un brin candide, un peu utopique, toujours sensible.
J’ai accepté.
J’ai travaillé.
J’ai osé.

Le monde du vivant m’inspire profondément, le mouvement qu’il suggère et implique, la lumière qui le rend visible et le sublime m’émerveillent au quotidien.
Je ne fais pas de distinction entre le végétal, l’animal et l’humain, je me nourris de cette infinie diversité qui me donne tellement envie de créer. De témoigner. De ses irrégularités, de ses imperfections, de ses petites failles qui touchent chacun de nous, de son universalité aussi.

En tant qu’instrument, j’oscille entre gratter, graver, creuser, tracer des lignes, les plus fines possibles qui rendraient compte de ce monde sensible qui se meut sans cesse sous nos yeux. Certaines fois j’accumule, je superpose les couches de papier, d’encres, de traits, comme ces collections d’objets que nous engageons pour défier la fuite du temps. Sans vraiment se soucier de ce qui se passera ensuite.

Si le noir et blanc me permet de laisser un flou sur bon nombre d’informations de temps et de lieu, la couleur me permet, avec parcimonie d’éclairer le monde, de le colorer de belles nuances de bleu Prusse , de vert cobalt ou encore de rouge brique. La base de mes supports étant le plus souvent possible le brou de noix, teinte chaleureuse et naturelle.

Depuis peu, je retravaille la gravure, notamment la linogravure, celle qui, si l’on en croit les beaux penseurs se soucie le plus du vivant. Elle est la plus naturelle paraît-il.
Elle supporte mes lignes, mes traits, mes traces, mon chemin, le leur, le notre. Elle voit se construire des motifs qui permettent d’imaginer et de créer un autre réel. De faire naître des images narratives qui racontent des histoires et qui trouveront un lecteur inspiré, qui ouvrira les possibles , qui les enrichira de ses interprétations.